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CERVICALGIES ET LOMBALGIES
Une revue de trente ans d’études
Traductions d’extraits et
commentaires d’un article publié dans « Manuelle Medizin » en juin 2002
sous la signature de W. v. Heymann, Bemen.
(Par Raymond Mottier,
responsable de la formation SAMT/SSTM pour la Suisse romande)
NOTA :
les commentaires de R. Mottier sont en italique dans le texte
Le livre « Neck and Back Pain » de A.
Nachemson, E. Jonsson, édité par Lippincott, Philaldelphie en 2000, ISBN
0-7817-2760-x relate une étude effectuée à la demande du gouvernement
suédois. Un groupe d’orthopèdes et de statisticiens médicaux ont établi,
en s’appuyant sur les travaux de la Quebec-Task-Force, une revue des
résultats d’études publiées ces trente dernières années. Ce livre est, de
ce fait, essentiel, pour tous ceux qui s’occupent de l’appareil moteur.
Dix ans de recherches de résultats par les
preuves (on evidence based) ont conduit à un changement de paradigmes. Le
constat déprimant lié aux manques de résultats de la plupart des formes de
thérapie ne doit pas faire sous-estimer l’importance à accorder à
l’empathie du thérapeute pour son patient.
La conclusion la plus évidente est : PAS
D’ALITEMENT ! L’activité est plus importante que toutes les formes de
thérapies passives !…….
Les coûts des maux de dos (cervicalgies et
lombalgies) constituent, pour le système de santé le triple de ceux liés
aux traitements des cancers. Seules le 0,2% des études médicales se
préoccupent des problèmes de dos.
L’article complet est à la disposition de ceux qui le souhaitent. Il a
été retenu, ici. Les éléments qui paraissent importants pour les
physiothérapeutes et, plus particulièrement, ceux spécialisés en thérapie
manuelle. Sont également relevés les points qui vont l’encontre d’idées
communément admises dans nos milieux de pratique. Le terme anglais « evidence »
a été utilisé là où une autre expression française courante ne pouvait
pas rendre le même sens.
(A)
= au moins une bonne méta-analyse ou plusieurs très bonnes études
randomisées
(B)
= au moins une bonne étude randomisée et plusieurs études de
validité moyennes
(C)
= quelques études de validité moyennes resp. conclusions
contradictoires de différentes études
(D)
= aucune étude valide ou seulement des études contradictoires
Les rachialgies ont une cause physique et
peuvent être influencées par des facteurs sociaux (culture, famille
et milieu social, éducation, profession, satisfaction au travail etc.).
Les preuves de l’influence de ces facteurs sont cependant plutôt maigres.
FACTEURS DE RISQUE PSYCHOLOGIQUES POUR DES CERVICALGIES OU DES
LOMBALGIES
Il n’existe pas d’éléments permettant de
définir une personnalité prédisposée à la douleur. Quelques troubles de la
personnalité, toutefois, favorisent une prédisposition (la liste
énumérée dans l’article est plus importante) :
·
Dépression et anxiété
·
Les fonctions cognitives et
les capacités de coping ont une influence significative
·
Stress et Dys-Stress
Il est certain que :
·
Des facteurs psychologiques
influencent le passage de l’aigu au chronique (A)
·
Les facteurs psychologiques
ont une plus grande influence sur l’invalidité du dos que des facteurs
bio-médicaux (A)
·
Peu de considération pour sa
propre santé provoque des douleurs chroniques (A)
INFLUENCES DES CONDITIONS DE TRAVAIL
LOMBALGIES :
·
Influence claire des
vibrations (chauffeur de poids lourds, pilote d’hélicoptères) (B)
·
Influence claire des
flexions latérales et des rotations (B)
·
Soulever des charges et les
porter (B : pour les pompiers et les soignant(e)s, sinon C)
·
Influence claire de la
charge psycho-sociale (Stress au travail) (B)
CERVICALGIES :
·
Influence claire des charges
répétitives (B)
·
Charge statique : pas
d’évidence (C)
·
Pas d’influence claire du
travail manuel lourd (C)
·
Charge psycho-sociale : pas
d’évidence (C)
MOYENS DE PREVENTION
·
Une activité autonome de
renforcement musculaire du dos et de l’endurance cardio-vasculaire s’avère
très efficace (A)
·
Les corsets ne servent à
rien : forte évidence (A)
·
Les mesures d’hygiène du dos
(école du dos) ne servent à rien : forte évidence (A)
A PROPOS DE LA PATHOPHYSIOLOGIE LOMBAIRE
Seuls quelques éléments sont retenus dans ce texte !
·
Lors de la lombalgie
commune, on ne trouve aucune altération patho-anatomique au niveau des
muscles, des tendons et des ligaments
·
Le syndrome facettaire
n’est, jusqu’à aujourd’hui, pas expliqué
·
Les chiropraticiens ont
retiré leur théorie de la subluxation
·
Des travaux expérimentaux
qui ne peuvent pas être considérés comme achevés évoquent que l’origine de
la lombalgie chronique serait à chercher au niveau postérieur de l’anneau
fibreux, ventral des plateaux vertébraux ainsi qu’au niveau antérieur de
l’espace épidural.
EPIDEMIOLOGIE
Au-delà de divers aspects, les auteurs soulignent le fait que :
En Europe et aux Etats-Unis l’invalidité
liée à la lombalgie corrèle clairement avec l’importance de la prise en
charge assécurologique.
LES EXAMENS/BILANS
NIVEAU LOMBAIRE :
·
L’anamnèse et l’examen
clinique sont indispensables
·
99% des examens
radiologiques du rachis lombaire n’ont aucune valeur diagnostique
·
Seule une radiographie sur
2'500 montre une pathologie inattendue
·
L ‘IRM montre des lésions
pathologiques chez 60% des sujets sains
·
L’échelle visuelle
analogique paraît très utile en terme prédictif pour le succès de la
thérapie.
NIVEAU CERVICAL :
·
Il n’y a pas de corrélation
reproductible entre le bilan radiologique et la douleur
·
L’IRM est très précis mais
peu spécifique
·
Les tests psychologiques
sont plus précis que la radiologie
« RED FLAGS »
·
Cave : syndrome de la queue
de cheval
·
Investigations
complémentaires, en cas de radiculopathie, indispensables au plus tard
après quatre semaines
LES THERAPIES
·
Statistiquement, le
traitement le plus efficace est le placebo
·
Le plus souvent, sans tenir
compte des récidives, la guérison est spontanée
·
Les analgésiques ne
guérissent rien
·
L’effet placebo résulte de
l’empathie des thérapeutes, l’attente d’une amélioration et des coûts
·
L’effet placebo moyen se
situe vers 50 à 70%
TRAITEMENTS CONSERVATEURS DES LOMBALGIES
AIGUES ET SUBAIGUES
Nous ne reprenons pas ici les considérations à propos des traitements
médicamenteux. Nous retiendrons simplement le point suivant :
·
Les infiltrations des
facettes et des Triggerpoints sont inutiles
ALITEMENT
L’alitement n’apporte aucun bénéfice sauf
de courte durée en cas de compression nerveuse (C). La traction mécanique
combinée à l’alitement aggrave la situation.
MAINTENIR UNE ACTIVITE PHYSIQUE
QUOTIDIENNE
·
L’effet de cette activité
est fortement bénéfique (A)
·
A ce stade,
l’entraînement thérapeutique n’a que peu d’effet (C)
·
Les écoles du dos n’ont pas
d’effet positif (C)
THERAPIE MANUELLE
·
Un effet positif clair
est obtenu en terme d’une antalgie rapide (A)
·
Elle est contre-indiquée
en cas de pathologies radiculaires (B)
THERAPIES PHYSIQUES
Pas ou peu d’effets sont à attendre (C) ou
(D) :
de la cryo-, thermothérapie, des ondes
courtes, du TENS, des tractions, des corsets, de l’acupuncture, de la
psychothérapie.
CONCLUSIONS
Sont recommandés :
·
Les antalgiques (paracetamol
ou AINS)
·
Le maintien de l’activité
·
Les thérapies manuelles
TRAITEMENTS CONSERVATEURS DES LOMBALGIES
CHRONIQUES
ENTRAINEMENT THERAPEUTIQUE
·
Très bonne efficacité (A),
il est évident que la forme d’entraînement importe peu (C)
·
L’école du dos n’a
d’efficacité que lorsqu’elle est dispensée sur le lieu de travail (B),
dans les autres cas elle n’a que peu ou pas d’intérêt
·
Les thérapies
comportementales ne font pas la preuve de leur efficacité (D)
THERAPIE MANUELLE
A court terme, l’effet est excellent mais les récidives fréquentes (A).
La thérapie manuelle est plus efficace que le repos, les analgésiques et
le massage (B). L’effet à long terme est cependant plutôt faible (C).
THERAPIES PHYSIQUES
Peu ou pas d’efficacité pour :
L’EMG/Biofeedback, les tractions
mécaniques, les orthèses, le TENS, l’acupuncture
CONCLUSIONS
Sont recommandés :
·
La thérapie manuelle en
début de prise en charge ou en thérapie accompagnant :
·
L’entraînement thérapeutique
·
Les thérapies de la douleur
multidisciplinaires
TRAITEMENTS CONSERVATEURS DES CERVICALGIES
AIGUES/SUBAIGUES
On trouve moins de résultats utiles pour
ces pathologies que pour les lombalgies. Le peu d’études existantes
donnent les résultats suivants :
·
Les thérapies actives sont
supérieures (B) aux thérapies passives
·
La thérapie manuelle
démontre une bonne efficacité (B)
Ne sont pas ou peu efficaces :
Les techniques de spray and stretch, le
laser, les thérapies électromagnétiques, le TENS, l’acupuncture, les
tractions mécaniques, les orthèses
CONCLUSIONS
Les thérapies passives sont out (B) ! Les
thérapies actives et manuelles sont à recommander (B).
TRAITEMENTS CONSERVATEURS DES CERVICALGIES
CHRONIQUES
Là aussi la quantité de données est plus
faible que pour les lombalgies.
THERAPIES ACTIVES
·
Bonne efficacité de
l’entraînement thérapeutique (B)
AUTRES THERAPIES
Peu ou pas d’efficacité pour :
Les thérapies manuelles, les
différentes formes de physiothérapie, les thérapies comportementales, la
traction mécanique, l’acupuncture, le laser, les thérapies
électromagnétiques, les exercices proprioceptifs.
RELATION COUT-EFFICACITE DES TRAITEMENTS
DES CERVICALGIES ET DES LOMBALGIES
Il existe une certaine évidence (C) que la
combinaison de la thérapie manuelle et des traitements actifs puisse
raccourcir la durée d’une incapacité de travail. En raison de la faiblesse
quantitative des données, il ressort que cette affirmation est encore
sujette à caution.
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