Cervical
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PRISE EN CHARGE, EN PHYSIOTHERAPIE,

DES LESIONS DU RACHIS CERVICAL  
CHEZ LE SPORTIF

Raymond Mottier, Physiothérapeute Responsable de formation des séminaires romands de la SAMT/SSTM

Article élaboré à partir d’un exposé présenté lors de la journée romande de médecine du sport 2000 à Yverdon-les-Bains.

L’intention de cet article est  de faire part d’une attitude personnelle en rapport avec les traitements de problèmes cervicaux chez les sportifs. Divers travaux, rapportés par exemple dans une récente méta analyse, démontrent l’efficacité des techniques proposées. Personnellement, je ne suis pas en mesure de rendre compte d’une étude sur un collectif de patients, je m’attacherai plutôt  à des descriptions de cas typiques.

 Qu’il s’agisse de problèmes cervicaux ou non, il convient de relever un aspect important concernant la prise en charge des sportifs par les physiothérapeutes. Dans un grand nombre de cas, sur le terrain, en particulier, et dans l’entourage immédiat des lieux de compétition et d’entraînement, en général, le physiothérapeute est le praticien de premier recours. Celui qui accepte cette mission doit donc acquérir des compétences particulières tant au niveau :

-          des connaissances anatomiques et neurophysiologiques

-          de l’expérience dans le diagnostic fonctionnel

-           

qu’au niveau :  

-          de la pathophysiologie (particulièrement au niveau cervical)

  Les lignes directrices choisies sont celles proposées par la Société Médicale Suisse de Médecine Manuelle tant en ce qui concerne la prise en charge précoce qu’en ce qui concerne la réadaptation. 

 Après avoir défini les lignes directrices du traitement, je différencierai les aspects de la prise en charge (premier recours ou non, influence de la lésion structurelle sur la fonction). Quelques exemples tirés de ma pratique me permettront d’illustrer mes propos.

 Que le physiothérapeute soit de premier recours ou non, il lui faut tout d’abord pouvoir répondre le plus clairement possible à la question de savoir, à partir d’une symptomatologie complexe, quels signes sont à mettre en relation avec :

 LE NIVEAU STRUCTUREL :

     -       lésion musculaire

-          lésion ligamentaire

-          lésion osseuse

de ce qu’il faut mettre en relation avec :

LE NIVEAU FONCTIONNEL :

 

-          hyper mobilité

-          hypomobilité

-          instabilité

-          dysbalance musculaire

-          points gâchettes (triggerpoints)

-          etc.

 

Le diagnostic structurel précis est essentiel à la réussite du traitement. Il prend une importance capitale en ce qui concerne les facteurs de risque et les contre-indications.

Ainsi, la prise en charge physiothérapeutique idéale tend-elle à résoudre les problèmes de fonction en tenant compte des lésions des structures qui déterminent les risques, les contre-indications qui peuvent engendrer des complications.

Quoi que généralement particulièrement importants en relation avec les traumatismes cervicaux, je n’aborde pas ici, dans le cas des sportifs, tous les aspects liés à la chronification de différentes pathologies telles que le whiplash, par exemple. Je pense aux troubles de l’équilibre, de l’attention, de la concentration, aux troubles cognitifs, etc..

 

Le physiothérapeute spécialisé dans la prise en charge des sportifs, au service d’une équipe de football, de hockey sur glace, de basket-ball etc. se trouve très souvent confronté à la situation où il sert de premier recours. Dans certains cas, le médecin du club, après un examen clinique rapide et difficile (sur le terrain ou dans un environnement peu approprié) lui adresse immédiatement le sportif. Le patient exige un soulagement rapide. C’est ce à quoi le physiothérapeute s’applique. Lors de son intervention, il détecte souvent des problèmes fonctionnels qui méritent correction. Il est souhaitable qu’il en fasse part au patient et à son entourage technique : entraîneur, coach etc..

 

Dans la suite, je propose des lignes directrices guidant la prise en charge en trois phases distinctes, pour autant que cela puisse se faire :

 

  1. le traitement analytique, symptomatologique (en urgence)
  2. le traitement causal, global
  3. la réadaptation, dans le but de la prévention secondaire.

 

A partir de l’anamnèse : chute, « faux mouvement », choc avec l’adversaire, coup de tête raté, accélération ou décélération brutale (pilote de rallye ou d’avion) etc., le physiothérapeute doit pouvoir se faire une image précise des lésions possibles.

Dans la fréquente  situation de demande de soins en premier recours, il est impératif que le physiothérapeute agisse avec une extrême rigueur.

 

Les manifestations cliniques sont classiquement :

 

-          des douleurs locales avec/sans irradiation

-          une hypomobilité avec un test de mobilité avec/sans douleur

-          des modifications palpatoires douloureuses ou non

-          une hyper tonicité musculaire

-          une attitude antalgique

-          des mouvements compensatoires

 

On retrouve très souvent la typique « lésion ostéopathique » (Prof W. Gilliar) :

 

-          douleur dans le segment examiné

-          test de mobilité pathologique

-          zone d’irritation (ZI)

 

      -     traitement d’épreuve suivi d’un résultat

-          dysbalance musculaire

-          tendinose

-          triggerpoint

 LIGNES DIRECTRICES (spécialement dans la situation d’urgence)

 

Douleur bien localisée, ZI répondant positivement à la provocation directe, pain score 2 à 5 :

-          thérapie : mobilisation avec/sans impulsion

 

Douleur plus diffuse, ZI répondant positivement à la provocation directe, pain score 2 à 5 :

-          thérapie : mobilisation sans impulsion

 

Douleur diffuse, pas de ZI, modifications palpatoires dans la musculature, triggerpoints, tendinoses :

-          thérapie : techniques myofasciales, thérapies physiques

-           

Des douleurs liées à une provocation directe au niveau d’une ZI ou d’une modification palpatoire musculaire dépassant un score de 8 sur l’échelle visuelle analogique de la douleur, ne peuvent jamais être mis en relation avec une dysfonction articulaire. Une recherche diagnostique plus précise est indispensable.

RELATION ENTRE L’HYPOMOBILITE SEGMENTAIRE ET LA DOULEUR

  Il faut souligner qu’une hypomobilité segmentaire peut être sous tendue par des problèmes structurels tels que des altérations dégénératives.

L’hypomobilité est un symptôme fréquent. C’est souvent le symptôme majeur lié à une dysfonction segmentaire. On pratique la « motion palpation » pour la recherche de cette hypomobilité.

Thérapie : mobilisation avec/sans impulsion, techniques neuromusculaires

CAVE : une hypomobilité segmentaire seule ( dysfonction segmentaire) n’explique, en aucun cas, un pain score supérieur à 7. Le cas échéant, une recherche diagnostique complémentaire s’impose.

 

SIGNES NEUROLOGIQUES

 

L’existence de signes neurologiques impose une attitude abstentionniste dans la situation d’urgence ou du premier recours (sur le terrain, dans les vestiaires).

 

INSTABILITE ET DOULEUR

 

On sait aujourd’hui que l’instabilité n’est pas nécessairement liée à une hyper mobilité segmentaire. Il s’agit, en fait, d’une augmentation de la zone neutre (Panjabi).

Dans les situations où l’on ne connaît pas l’histoire médicale du sportif qui nous sollicite, c’est le traitement d’épreuve bien conduit qui peut nous mettre le nez sur une instabilité.

EVOLUTION TYPIQUE D’UN TRAITEMEMENT DE MOBILISATION en cas d’instabilité ou/et d’hyper mobilité segmentaire :

 

1ère séance

Douleurs segmentaires, hypomobilité segmentaire et zones d’irritation très activées

Thérapie : mobilisation avec/sans impulsion

Evolution : soulagement immédiat. Récidive après 1 à 3 jours avec tableau clinique identique

 

2ème séance :

Thérapie : mobilisation avec/sans impulsion

Evolution : soulagement immédiat, récidive après quelques heures

Conclusion : suspicion d’instabilité

 

EXPLICATION :

 

La mobilisation avec/sans impulsion a diminué, momentanément, les réponses aux nociceptions par voie réflexogène. Une nouvelle séance de mobilisation serait ici tout à fait contre-indiquée. Elle pourrait conduire à une nouvelle augmentation de la zone neutre. D’où, l’extrême importance du traitement d’épreuve (en sous-dosage) et de la constante observation de l’évolution.

Le traitement des conséquences d’une instabilité passe certainement par l’interruption des réflexes nociceptifs. Dans ce but, une ou l’autre séance de mobilisation peut être indiquée mais ce sont les techniques neuromusculaires et un programme de réadaptation adéquat qui conduiront à un résultat durable à moyen et long terme.

Les situations décrites jusqu’ici sont évidemment les plus fréquentes. L’attitude thérapeutique reste la même lorsque le sportif a été examiné de façon approfondie par un médecin spécialisé. Cependant nous pourrons nous appuyer sur un diagnostic structurel clair. Cela simplifie grandement la tâche.

Quelques exemples de cas :

 

1er cas : footballeur de 22ans, LNA. Sur un coup de tête raté, une importante douleur se déclenche au niveau de la région sous-occipitale avec une prédominance droite.

 

EXAMEN : les points frappants sont une hypomobilité de la charnière sous-occipitale avec un déficit de flexion courte, de rotation avec une douleur de fin de course. L’examen isolé de C0-C1 révèle un arrêt élastique résisté du jeu articulaire de l’inclinaison. Test de ressort C0-C1 positif à droite. La musculature sous-occipitale est hypertonique.

1ère intervention, dans les vestiaires à la mi-temps du match

 

 

 

THERAPIE :

-          étirement des muscles sous-occipitaux

-          techniques neuromusculaires aspécifiques pour l’ensemble de la charnière sous-occipitale

-          techniques articulaires segmentaires lentes en C0-C1 et C1-C2

 

RESULTAT : amélioration nette dès la première séance. Amélioration suffisante pour que le joueur ne soit plus gêné en 4 séances. Toutefois, à diverses reprises, des gênes réapparaissent et le joueur insiste pour être soumis à un contrôle radiographique.

 

Rx : non-fusion du cartilage de conjugaison de l’apophyse odontoïde

 

POURSUITE DU TRAITEMENT : programme de musculation intensive de la région cervico-scapulaire.

A ma connaissance, plus de problème à ce niveau.

2ème cas : pilote de karting, 30 ans, semi-professionnel de niveau international. Lors d’un accrochage, le kart se retourne et le pilote parcourt quelques dizaines de mètres sur la tête avant de s’immobiliser. Le patient demande un traitement rapide car il est gêné dans son travail (mécanicien moto indépendant). Je lui recommande une visite médicale. Le patient ne veut rien en savoir. Ne me reste que le choix de le traiter.

 

EXAMEN : douleurs cervicales basses à droite avec irradiations, diffuses, sans corrélation segmentaire dans le membre supérieur droit (jusqu’au niveau du coude). Mobilité angulaire des segments supérieurs sp, pour les segments moyens, douleurs en fin de course de la rotation vers la gauche et de l’inflexion latérale vers la droite. Palpation : hyper tonicité du trapèze, de l’angulaire à droite. ZI C5-C6 très marquée et active à droite.

 

THERAPIE :

-          techniques neuromusculaires aspécifiques puis de plus en plus spécifiques

-          mobilisation avec impulsion C5-C6

-          massage

-           

RESULTAT : disparition quasi complète des douleurs dès la première séance. Deux séances supplémentaires combinant des techniques neuromusculaires et du massage mobilisant sont ajoutées pour assurer le résultat.

 

Il est recommandé au patient de pratiquer un entraînement combinant renforcement et étirement à titre de prévention secondaire.

 

 

3ème cas : pilote de rallye automobile, 37 ans, bon niveau national vient sur prescription médicale pour cervicalgies, pas d’autres précisions. Le patient explique qu’il a de plus en plus souvent mal à la nuque, douleurs étendues et variables soit en intensité soit en localisation. Il est actuellement limité dans la pratique de son sport et de son activité professionnelle. Il signale de multiples chocs suite à des sorties de route etc. lors de sa carrière ; n’a jamais rien fait de sérieux pour sa nuque.

EXAMEN : mobilité angulaire sans grand problème. Multiples modifications palpatoires dans la musculature, quelques ZI d’importance variable dont une vraiment active en C3-C4. Dysbalances musculaires sous forme d’hypoextensibilité de différents muscles de la région cervico-scapulaire.

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THERAPIE : devant l’ampleur de la tâche, choix de débuter avec :

-          techniques neuromusculaires

-          massage mobilisant de l’ensemble de la région cervicale lors de laquelle je détecte une dysfonction segmentaire claire que je mobilise avec impulsion.

-           

EVOLUTION : soulagement très net après la première séance. Récidive après 2 jours, nouveau traitement puis nouvelle récidive après peu de temps. Donc, évolution typique d’une instabilité. Nouveau choix thérapeutique :

-          plus de technique de mobilisation

-          programme de renforcement intensif

-          techniques passives en soutien selon les besoins

 

Le résultat est jugé suffisant par le patient après 6 semaines.

 

 

 

4ème cas : jeune pilote d’avion de combat de l’armée suisse qui arrive un samedi matin pour être traité en urgence avec une prescription médicale comportant un diagnostic de cervicalgies. Le mécanisme de l’accident consistait en une forte accélération subie alors que le patient regardait vers le haut et la droite dans le cadre d’une simulation de combat aérien.

 

EXAMEN : tous les signes d’une dysfonction segmentaire réflexe

THERAPIE :

-          techniques neuromusculaires

-          mobilisation avec impulsion

-           

-           

RESULTAT : diminution immédiate du tableau algique suffisante  pour reprendre les vols le lundi. Gêne persistant tout de même.

Dès la fin de la période de service, programme d’entraînement d’étirement et de renforcement intensif dans le but de corriger les dysbalances musculaires détectées lors des séances ultérieures. Depuis lors, plus de problème aigu.

Bibliographie à disposition auprès de l’auteur