L’EPARGNE LOMBAIRE : UNE ANALYSE CRITIQUE
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Un récent article en quatre parties publié dans « Manuelle Medizin »
d’octobre 2002 par le Dr. Anton Hack, médecin-chef du service médical de
DaimlerChrysler AGWer Gaggenau, remet en cause un certain nombre d’idées
reçues par rapport à l’épargne lombaire dans le lever des charges.
Les références complètes de l’article peuvent être obtenues en passant
par le site www.therapie-manuelle.ch
Traduction et commentaires de Raymond Mottier, responsable de formation
pour la SAMT/SSTM Suisse romande. Les commentaires du traducteur sont
rédigées en italique.
L’article se présente en quatre parties sous le titre
« Wirbelsäulenschonendes Heben ». Les titres des quatre parties sont
traduits. Ne seront présentés que les résumés et les conclusions de
chacune des parties.
PREMIERE PARTIE :
Acceptation et mise en pratique de l’épargne lombaire dans le quotidien
professionnel
Différentes techniques de levage sont présentées. Les connaissances, en
terme d’épargne lombaire, sont importantes. Pourtant, il ne se trouve
qu’une minorité de travailleurs pour les mettre en pratique. Ce serait
plus pénible, plus chronophage et paraîtrait bizarre. Ils l’oublient. Les
genoux font mal et gênent le mouvement.
Les recommandations d’épargne lombaire sont celles que l’on retrouve
classiquement. Par exemple, descendre en fente latérale avec un
verrouillage lombo-sacré ou alors en fente avant.
Le degré d’information du collectif des sujets travaillant
physiquement, manuellement était le suivant :
formés 44%
informés largement 58%
Résultats : après la formation, les comportements suivants ont été
observés auprès de 115 sujets :
27% des sujets se baissent toujours avec une flexion du tronc et
les membres inférieurs tendus ;
39% des sujets se baissent, pour des charges légères, comme décrit
ci-dessus et fléchissent leurs membres inférieurs lorsque la charge
s’alourdit ;
21% des sujets se baissent toujours avec une flexion du tronc et
fléchissent leurs membres inférieurs ;
4% des sujets fléchissent leur tronc et utilisent leurs membres
inférieurs pour des charges légères, ils verrouillent leur colonne
lombaire en extension et utilisent leurs membres inférieurs pour des
charges lourdes ;
6% des sujets effectuent un verrouillage lombo-sacré et utilisent
leurs membres inférieurs.
CONCLUSION :
Bien que le degré de formation et d’information ait été élevé et malgré
une appréciation généreuse, seul le 10% des sujets s’est comporté de
manière satisfaisante. Les raisons citées pour cette inobservation ont été
nombreuses. Chaque argument est cependant suffisamment important en
lui-même pour que l’épargne lombaire ne puisse pas devenir une réalité
dans l’entreprise. Depuis notre naissance, nous développons des
automatismes qui nous permettent de satisfaire à nos besoins de la façon
la plus aisée, la plus rapide, la plus habile et la plus indolore.
L’épargne lombaire contredit cette expérience. Elle est artificielle.
DEUXIEME PARTIE :
possibilité d’adaptation de la stratégie de levage des haltérophiles au
comportement de sujets moyens dans les activités de la vie quotidienne
RESUME :
La technique de levage des haltérophiles est devenu l’exemple pour
l’épargne lombaire. Les forces de flexion, de cisaillement et de torsion
sont converties en forces de compression, moins dangereuses. Les
haltérophiles sont réputés pour leur morphologie particulièrement adaptée
et leur excellente mobilité coxo-fémorale. La barre des haltères est
placée à 44cm de hauteur. Dans la vie courante, les conditions
morphologiques idéales font souvent défaut de même qu’une hauteur idéale
de la prise. La protection du rachis ne peut ainsi pas avoir lieu durant
l’ensemble du mouvement. Le rachis est soumis à une situation critique.
Ainsi, cette technique est rejetée, à juste titre, par la plupart des gens
et sur la plupart des lieux de travail de l’industrie.
Suit une analyse de la physiologie des techniques développées pour les
haltérophiles.
CONCLUSION :
Le comportement adopté par les haltérophiles ne peut être utilisé que
dans des conditions favorables. Etant donné que la lordose ne peut pas
être maintenue, dans toutes les situations, durant l’ensemble du mouvement
de levage, le rachis est soumis à des contraintes difficilement
contrôlables. Les mouvements peu assurés conduisent à des situations
critiques. Les raisons pour lesquels les techniques d’épargne lombaire ne
sont pas appliquées sont compréhensibles. Les recommandations sont trop
éloignées du bon sens. Elles ne sont pas applicables au quotidien et
doivent être fondamentalement repensées.
TROISIEME PARTIE :
éviter les mouvements du rachis ou rétablir sa pleine mobilité ?
RESUME :
L’appréciation négative faite de la flexion complète, de l’extension
complète et de leur combinaison avec la rotation n’est pas fondée. Les
limitations de mobilité douloureuses du rachis peuvent être traitées à
l’aide de la thérapie manuelle. Une stratégie d’évitement est à proscrire.
Il est bien plus important de restituer au rachis sa mobilité.
Dans la suite, l’auteur remet en question le postulat prétendant qu’en
évitant la flexion ou l’extension en combinaison avec la rotation, on
puisse protéger le rachis. Il souligne le fait que le mouvement, dans un
plan, se fait au détriment des autres. Par exemple, lorsque l’on effectue
une flexion avec une rotation et une latéroflexion, la flexion est
réduite. Lorsqu’ une amplitude est épuisée, les autres ne sont plus
possibles. Le disque est ainsi protégé de la surcharge liée à des
mouvements combinés. D’autre part, au niveau de la charnière
thoraco-lombaire, peu stabilisée, les pathologies discales sont
extrêmement rares. La dangerosité de la combinaison rotation et flexion
n’est pas démontrée.
L’auteur décrit ensuite le comportement des différents partenaires
vertébraux dans les dysfonctions dites « en convergence » et « en
divergence ». Il souligne, particulièrement, la souffrance discale liée à
ces dysfonctions. Il propose ensuite une étude de plusieurs cas où le but
du traitement a été la restitution d’une mobilité normale sans épargne
lombaire. Il a traité 357 patients sans pathologie discale et 95 patients
avec un prolaps discal.
Le traitement a été effectué à l’aide d’une TNM (technique
neuro-musculaire). En l’occurrence, il parle de MET (muscle energy
technique) qu’il apparente à la relaxation post-isométrique. En
complément, il a utilisé la thermo- ou la cryothérapie. Dans les
situations très algiques, les patients ont reçu un médicament durant 1 à 3
jours.
RESULTATS GLOBAUX POUR LES CAS SANS LESION DISCALE :
Une séance a suffi à restituer la mobilité et à rendre asymptomatique
ou, du moins suffisamment asymptomatique pour ne pas exiger un nouveau
traitement , le 83% des patients. Dans le 68% des cas, un seul traitement
a suffi. En moyenne, le nombre des séances a été de 1,55.
RESULTATS GLOBAUX POUR LES CAS AVEC LESION DISCALE :
Au niveau de la douleur, l’amélioration a été de 65%
Au niveau de la mobilité, l’amélioration a été de 63%
Sept cas n’ont pas été améliorés
Le nombre moyen de séances sur l’ensemble des cas a été de 1,92.
CONCLUSION POUR LA PRATIQUE :
Les perturbations de la mobilité du rachis sont réversibles. Il est
certain qu’elles jouent un rôle important dans les douleurs qui ont pour
origine les segments inférieurs. Elles sont également présentes en cas de
prolaps discal et déterminent le tableau clinique. Les douleurs qui
conduisent à des restrictions de mobilité du rachis peuvent être traitées
efficacement par des techniques de thérapie manuelle. Il est préférable
d’éliminer les restrictions de mobilité que d’établir une stratégie
d’évitement par l’épargne lombaire. Ce qui peut se traiter aisément ne
peut pas être réglé de manière satisfaisante d’une autre façon. La flexion
et l’extension sont des mouvements physiologiques du rachis. …..Des
amplitudes complètes de mobilité du rachis ne doivent pas être considérées
comme nuisibles. Il n’y a pas de raison de recommander l’épargne lombaire
aux sujets sains pour autant que le poids à déplacer ne soit pas très
élevé. L’épargne lombaire s’impose après une intervention chirurgicale au
niveau du rachis, en cas de spondylolisthesis, lors de douleurs aigues,
lorsque les traitements n’apportent pas de soulagement , lorsque la
mobilité ne peut pas être restituée et lors du port de charges très
lourdes.
QUATRIEME PARTIE : doute
quant au lien de causalité entre pression sur le disque et comportement
lors du port de charge.
L’auteur analyse le lien existant entre la pression sur le disque et la
localisation de la lésion discale. Il constate que les lésions les plus
fréquentes (66%) ont lieu entre L5-S1. Au niveau de L3-L4, on ne constate
que 4% des lésions. Or, la pression n’y est réduite que de 10%. L’auteur
constate qu’une si faible réduction de la pression ne peut pas expliquer
la forte diminution du pourcentage d’atteinte discale.
On constate également que si c’est la pression qui est responsable du
prolaps en L5-S1, cela doit être vrai pour les segments sus-jacents ou
alors la supposition précédente est fausse. La fréquence des prolaps
discaux en L5-S1 est à mettre sur le compte des particularités anatomiques
de cette région. La discussion au sujet de la pression est donc superflue.
En mettant en lien le niveau des lésion discales avec les dysfonction
vertébrales, l’auteur fait les constatations suivantes :
Les dysfonctions vertébrales du genre suivant ont été constatées auprès
de 93 patients présentant un prolaps discal et de 900 patients
lombalgiques :
Il s’agit de dysfonctions fonctionnelles et réversibles des
articulations intervertébrales
On constate des dysfonctions en convergence d’un côté et en
divergence de l’autre
Elles conduisent autant lors de la flexion que lors de l’extension
à une inclinaison forcée et à une rotation en direction de la
dysfonction en divergence
De ce côté-là, on constate une compression du disque et un
rétrécissement du trou de conjugaison lors de chaque flexion ou
extension
Résultats.
le niveau touché par le prolaps est toujours atteint d’une
dysfonction articulaire
lors de tous les prolaps situés à des niveaux plutôt hauts, on
constate que tous les segments sous-jacents sont touchés. Les
dysfonctions L5-S1 se trouvent toujours en corrélation avec une
dysfonction sacro-iliaque
pour tous les patients la répartition des dysfonctions corrèle avec
la répartition des prolaps discaux
cette répartition ne corrèle cependant pas avec la diminution de la
pression entre la 5ème et la 1ère lombaire
Pour 194 prolaps, on a recherché la relation entre direction du prolaps
et type de dysfonction (convergence ou divergence) Les prolaps sont
dirigés vers :
la dysfonction en divergence dans le 80% des cas
la dysfonction en convergence dans le 125 des cas
les prolaps médiaux représentent un 8%
CONCLUSION POUR LA PRATIQUE :
Les recommandations pour une épargne lombaire reposent sur la
diminution de la pression sur le disque. Des doutes quant à ces
recommandations surgissent à l’exemple du prolaps discal. ……Du fait que
lors d’une dysfonction la vertèbre sus-jacente tourne et s’incline
toujours dans la même direction autant lors de la flexion que lors de
l’extension et que de ce côté-là apparaissent le 80% des hernies discales
, il est admissible de penser qu’un lien de causalité existe. Si ce n’est
donc pas la pression sur le disque qui est en cause, les recommandations
pour l’épargne lombaire perdent une grande part de leur justification.
L’épargne lombaire n’a aucun effet sur les dysfonctions vertébrales.
L’auteur, dans une cinquième
partie, propose un retour à une gestuelle naturelle dans le
port de charges et la justifie avec les arguments suivants :
c’est économique et rapide
le sol peut être atteint facilement de sorte que des charges
lourdes peuvent être soulevées
le mouvement peut être conduit de manière sécuritaire
le mouvement a l’air normal et rencontre l’adhésion
il ne doit pas être péniblement appris du fait qu’il n’est pas
artificiel
les genoux sont épargnés lorsque, avec des charges légères, ils
restent tendus.
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