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TENDANCES ACTUELLES EN MEDECINE MANUELLE/ MUSCULO-SQUELETTIQUE ET VISIONS FUTURES Extraits : Un exposé présenté par le Prof. Karel Lewitt, de Dobrichowice, à l’occasion de l’assemblée générale de la FIMM (fédération internationale de médecine manuelle) à Londres le 09.11.05, publié dans « Manuelle Medizin », de décembre 2005 doit retenir notre attention.
Résumé et traduction : Raymond Mottier, resp. de formation en thérapie manuelle, CEDASF Uni-Genève
Dans cet exposé, Karel Lewitt, l’un des plus éminents représentants de la médecine manuelle européenne et auteur de très importants ouvrages à ce sujet, fait un point sur les visions actuelles et futures de la médecine manuelle musculo-squelettique en prenant, au passage, position sur les divers aspects des pratiques des chiropraticiens, des ostéopathes et des physiothérapeutes.
Dans son introduction, Lewitt souligne que lors de nos interventions « nous ne remettons pas en place ce qui ne l’est pas, pas plus que nous ne libérons une structure nerveuse qui serait pincée par une structure osseuse …. Nous restituons la fonction ». Il souligne que la manipulation seule ne peut pas atteindre ce but. Il décrit la normalisation des organes posturaux et moteurs comme l’objectif de la thérapie manuelle.
Les systèmes neuro-, musculo-, squelettiques
Plus loin, Lewitt évoque l’importance des concepts présentés par Janda à propos des systèmes neuro-musculaires. Il revient sur les avancées importantes qu’ont permises les travaux de Travell et Simmons à propos des « triggerpoints ». Il précise que Dejung a montré que les limitations de la mobilité articulaire pouvaient être dues aux « triggerpoints » musculaires.
« ….Korr, précurseur et malheureusement seul ostéopathe physiologiste d’importance, a été le premier à formuler ces notions ».Lewitt ibid.
Selon Lewitt, « l’utilisation de techniques neuro-musculaires est la conséquence logique de la connaissance des principes neuro-physiologiques ».
«…. Dans le même temps, à Prague, nous avons étudié les mécanismes de stabilisation de la posture humaine verticale ; en particulier, le rôle des muscles stabilisateurs profonds. Il nous est apparu clairement que les limitations de mobilité induites par des « triggerpoints » étaient, fondamentalement, la conséquence d’une tentative infructueuse, de la part des organes posturaux et moteurs, de compenser les incompétences des systèmes stabilisateurs ». Lewitt ibid.
SITUATION ACTUELLE Lewitt ne voit pas un seul groupe professionnel prendre en charge les problèmes de l’appareil musculo-squelettique. Il considère les médecins comme l’un des partenaires et fait référence à l’existence des chiropraticiens, des ostéopathes et des physiothérapeutes. Il suggère qu’il faut se repérer dans ce contexte concurrentiel. Les chiropraticiens Lewitt estime que les chiropraticiens représentent le groupement le mieux organisé et le plus puissant. Il les considère en crise d’identité.
« La jeune génération des chiropraticiens est très ouverte ; ils respectent les critères scientifiques, ceux de la médecine basée sur les preuves et ils pratiquent activement de la recherche….On leur enseigne cependant encore la mobilisation avec impulsion dure comme traitement préférentiel du rachis. Pour un développement futur, il faudrait leur enseigner l’ensemble du grand domaine des dysfonctions des organes posturaux et moteurs….Le conflit entre les traditionnalistes et la jeune génération n’est pas terminé » Lewitt ibid. Les ostéopathes « Les ostéopathes peuvent considérer comme un grand succès d’avoir élargi considérablement le répertoire des techniques manuelles, d’utiliser des techniques fines et d’avoir initié l’utilisation des MET( muscle energy techniques). Cependant, ils restent accrochés à une pensée dogmatique et non-scientifique. On parle de « médecine ostéopathique », même de « gynécologie ostéopathique », de « neurologie ostéopathique » etc. On pratique une ostéopathie « crânio-sacrée » totalement infondée d’un point de vue scientifique ainsi qu’une »ostéopathie viscérale » d’une conception extrêmement douteuse. Ceci va de pair avec un manque remarquable de recherche scientifique depuis l’époque de Korr. » Lewitt ibid.
Dans la suite, Lewitt relève les différences entre la pratique de l’ostéopathie aux Etats-Unis et en Europe. Il met en exergue différents problèmes relevant des relations entre le corps médical et les ostéopathes. Les physiothérapeutes
« Les praticiens vraiment professionnels apprennent à utiliser leurs mains et à se mettre en contact étroit avec leurs patients. » Lewitt ibid. Lewitt considère cependant ce groupe de professionnels comme étant de nature très hétérogène. Il relève l’importance des formations en haute école. « Les physiothérapeutes diplômés en savent plus au sujet des organes posturaux et moteurs que les médecins. De plus, ils ont l’expérience de la réadaptation. Celle-ci est ignorée par les ostéopathes. Elle n’est utilisée que partiellement par les chiropraticiens. A mes yeux, elle est pourtant indispensable à une prise en charge correcte en médecine musculo-squelettique. Les physiothérapeutes bien formés….ne sont techniquement pas inférieurs aux ostéopathes. Ils n’errent cependant pas dans un brouillard idéologique comme ces derniers. » Lewitt ibid.
En poursuivant, Lewitt relève que les physiothérapeutes forment un groupement professionnel scientifiquement très actif produisant des travaux permettant la publication de résultats de haute valeur dans le domaine de la médecine musculo-squelettique.
«…. Leur problème réside cependant dans le fait qu’on ne leur enseigne qu’une partie des éléments diagnostiques et, qu’en l’état, ils doivent se référer aux médecins » Lewitt ibid.
Le problème des médecins Dans cette partie. Lewitt relève tous les problèmes posés à la formation des médecins. La foule d’informations qu’un médecin doit ingurgiter dans son cursus ne lui permet pas de prendre un contact réaliste avec « les douleurs non- spécifiques des organes posturaux et moteurs ».
« …..Dans sa frustration, il se tournera vers la médecine alternative. L’un ou l’autre se décidera pour la médecine manuelle qui ne lui sera peut-être pas vendue comme une médecine musculo-squelettique globale mais plutôt comme une formation rapide en manipulation articulaire. Après quelques craquements, il sera probablement satisfait » Lewitt ibid.
« …..D’une part, les médecins sont bourrés de connaissances qu’ils auront dû acquérir en tant qu’étudiants ou alors au cours de leur spécialisation ; d’autre part, on ne leur a que trop peu appris à penser en catégories fonctionnelles c'est-à-dire à voir les organes posturaux et moteurs comme un système global…. » Lewitt ibid.
Concurrence versus coopération
« Ce médecin se sentira cependant supérieur au physiothérapeute. Il interdira peut-être même la pratique de la manipulation à celui-ci. Ainsi, par exemple, les travaux scientifiques des physiothérapeutes australiens sont-ils régulièrement publiés dans « Spine » alors que l’on en fait jamais mention dans le « Journal australien de médecine musculo-squelettique »…Les médecins seuls ne seront pas en mesure de répondre aux difficultés importantes posées par la pratique d’une médecine musculo-squeletttique d’un niveau approprié. » Lewitt ibid.
Un partenariat sensé
« Une médecine musculo-squelettique rationnelle et légitime ne peut être pratiquée que dans le cadre d’une collaboration étroite et d’un partenariat avec les physiothérapeutes diplômés. Je réclame un partenariat honnête et un travail d’équipe. Le travail du médecin comporte le diagnostic, l’examen (en collaboration étroite avec le physiothérapeute) et l’analyse des résultats qui doivent conduire à un plan logique pour la thérapie et la réadaptation. La mise en œuvre des mesures doit être confiée aux mains des physiothérapeutes. Il n’y a que ce type de collaboration qui puisse assurer l’existence d’une bonne médecine musculo-squelettique dans le marché….ainsi que par rapport aux thérapeutes de la douleur qui profitent tant de l’appui de l’industrie pharmaceutique. » Lewitt ibid.
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